Une leçon de leadership

Quand une vision portée par une tranquille détermination change le cours de choses

Quand on me pose une question sur le leadership, je songe souvent à une formation à la négociation que j’ai animée il y a une douzaine d’années pour les acheteurs d’une firme automobile.

J’y proposais un exercice à trois équipes, inspiré du dilemme du prisonnier. Ce jeu créait systématiquement une compétition, et une forte tension entre les participants. Chacun se crispait, et finissait par se refermer sur une position défensive. Les debriefings étaient échauffés, rieurs, toujours riches d’enseignements.

Or ce jour-là, un participant fit une lecture originale de la situation proposée. Plutôt que de se préoccuper du bénéfice pour son équipe, il conçut immédiatement que le gain devait se considérer comme la somme des résultats des trois équipes en concurrence. Dans le contexte du jeu, c’était une prise de risque. Quand il fit valoir cette vision auprès de ses équipiers, on ne l’entendit pas.

Il ne manifesta pas de frustration lorsque son groupe prit une décision contraire.

Au tour suivant, il reprit son entreprise de persuasion, toujours avec douceur, avec de nouveaux arguments. Ses collègues l’écoutèrent, mais ne se rangèrent pas à son avis.

Au troisième tour de jeu, il continua de proposer son choix de la confiance et de l’alliance, contre celui de la méfiance inspirée par la peur de laisser les équipes adverses prendre le large. Cette fois, les autres se dirent “pourquoi pas ?” et tentèrent son option.

Le même processus continua aux tours suivants, d’abord défiance, puis convergence sur la vision originale qu’il proposait. Le cercle de confiance s’élargit petit à petit, et l’idée que les trois équipes pouvaient choisir de rechercher un bénéfice commun gagna de proche en proche, jusqu’à faire l’unanimité des participants au dernier tour.

Ce fût, et de loin, la meilleure performance à laquelle j’assistai jamais dans ce jeu.

Or, elle devait beaucoup à cette impulsion donnée par un participant, à sa détermination et à son habileté à convaincre. Les trois groupes, en abandonnant l’état d’esprit de compétition, gagnèrent ensemble, et cela parce que quelqu’un avait proposé d’agir de manière altruiste, et réussi à montrer que cette attitude était la plus efficace pour tous. Il avait eu une intuition, et il n’avait eu de cesse de la porter, pour faire venir les autres sur sa position, sans jamais tenter de coup de force, ni se décourager. L’intelligence collective avait fait le reste.

Comme l’écrit Watzlawick : « une idée que l’on répète finit par créer sa propre réalité ».

Je n’ai jamais oublié la leçon de ce jour-là.

Et pour vous, le leadership, c’est quoi ? Quel est le leader en vous ? Que fait-il ? Que veut-il pour le monde ?